Categories: Locales
      Date: Feb 26, 2011
     Title: FONCTIONNAIRES COMMUNAUX

Des travailleurs aux oubliettes

Leur nombre est estimé à près de 400 000, ils assument diverses missions au sein des collectivités locales. En plus des tâches administratives, les agents communaux sont présents sur le terrain à travers des missions techniques dans divers domaines.



Leur travail a une grande importance, vu qu’ils sont appelés à intervenir dans des domaines qui concernent le citoyen de façon directe. «Il y a deux catégories de fonctionnaires communaux : les agents administratifs et les agents techniques. Les agents administratifs exercent au sein des bureaux des communes et des daïras. Cette catégorie a plusieurs grades dans le cadre de plans de carrière professionnelle, de l’agent de bureau à l’administrateur et à l’attaché administratif. Les agents techniques interviennent sur le terrain à travers des missions spécifiques, chacun dans un secteur donné, comme les ingénieurs, les architectes et autres techniciens supérieurs. Il existe aussi des agents de voirie et de nettoyage, assumant leurs tâches dans les bureaux administratifs ou sur la voie publique, nous explique le secrétaire général du Syndicat des communaux, M. Ali Yahia. Le travail des communaux permet à la collectivité locale, première instance censée prendre en charge les préoccupations des citoyens, de résoudre de nombreux problèmes. «Des fonctionnaires communaux sont affectés aux guichets de l’état civil et autres services administratifs pour fournir des documents, organiser le travail, gérer les services communaux, assurer des tâches quotidiennes, et interviennent, entre autres, lors des rendez-vous électoraux», souligne- t-il. Le travail accompli par les agents de terrain, lui, est différent. «Ceux qui exercent dans les services techniques, à l’instar des services de l’urbanisme, de l’hygiène, de l’aménagement, de l’architecture ou des finances, interviennent sur le terrain à travers des opérations de contrôle et des visites d’inspection», ajoute-t-il, mettant en exergue la pression et la charge de travail importante pour les personnels qui sont en relation directe avec le public. «Les communaux font face à toutes sortes de préoccupations de la population. Ce sont eux qui affrontent la colère des citoyens mécontents, qui sont censés les orienter en cas d’incompréhension d’une quelconque procédure administrative », explique-t-il. La situation socioprofessionnelle des communaux n’est pas reluisante. Pour le syndicaliste, beaucoup d’injustice est constatée dans l’attribution des droits à cette catégorie, même si les lois sont claires. «20 % des travailleurs sont employés dans le cadre des dispositifs d’aide au travail, comme le filet social, l’emploi des jeunes. Mais ils sont exploités. Ils travaillent huit heures par jour alors qu’ils sont sous-payés. Et nous avons beaucoup de cas de personnes prises en charge dans le cadre du filet social, à travers un pécule mensuel de 3 000 DA. Et ils ne sont pas payés tous les mois. Les communaux vivent une situation de précarité pendant de longues années. Ainsi, le système de contrat à durée déterminée reste en vigueur même pour ceux qui ont passé plus de 20 ans à exercer leurs fonctions. Cette situation les prive de leurs droits à la mutation, à la Sécurité sociale, aux échelons», explique-t-il. Notre interlocuteur dénonce la discrimination dont sont victimes ces fonctionnaires. «Certains ont été recrutés récemment et ont réussi à avoir des contrats à durée indéterminée (travailleur permanent), alors que ceux qui sont là depuis 20 ans continuent à travailler avec le statut de contractuel», dénonce-t-il. Tous ces facteurs, conclut notre interlocuteur, indiquent que la précarité est largement ancrée dans ce secteur.

Wassila Belhamri 

 

 

M. ALI YAHIA, SECRETAIRE GENERAL DU SYNDICAT DES COMMUNAUX (AFFILIE AU SNAPAP)

 

«Nous dénonçons le jeu de l’administration»

 

Ils ont observé une grève de trois jours, sanctionnée par une marche dans la wilaya de Béjaïa qui a eu un impact remarquable. Le secrétaire général du Syndicat des communaux revient, dans cet entretien, sur les revendications de la corporation, les actions entreprises, tout en dénonçant les tentatives de dénigrement émanant de syndicats «parallèles». Alger Hebdo : Quelles sont vos revendications ?
M. Ali Yahia : Nous avons une plateforme de revendications pour laquelle nous sommes en train de nous battre, à travers des actions de protestation que nous organisons depuis l’année dernière. Comme élément nouveau de nos revendications, nous exigeons la réintégration d’un membre du conseil national de notre syndicat, qui représente la wilaya de Chlef, récemment licencié en raison de ses activités syndicales. Pour les autres revendications, nous demandons la permanisation des employés contractuels exerçant depuis plusieurs années, ainsi que l’élaboration du statut particulier des travailleurs communaux en concertation avec les syndicalistes. Dans le même sillage, nous demandons la révision de la grille catégorielle, celle en vigueur actuellement lésant les communaux. Ainsi, un agent communal de bureau est classé à la catégorie 04, ce qui correspond à 263 points indiciaires, alors que le même agent occupant la même fonction à la wilaya est classé à la catégorie 05, soit 288 points indiciaires. Un agent communal d’administration est classé à la catégorie 06 (315 points indiciaires), alors que le titulaire du même poste à la wilaya bénéficie de la catégorie 07 (348 points indiciaires). Nous demandons aussi l’augmentation de la valeur du point indiciaire, pour assurer un salaire digne aux communaux. Nous sommes en train de militer pour la révision et la généralisation des indemnités de nuisance, de femme au foyer et autres allocations familiales. L’attribution de nouvelles primes spécifiques fait aussi partie de nos revendications. Ceci s’ajoute aux autres revendications inscrites dans le cadre de la lutte syndicale, à savoir la défense de la liberté syndicale.

Ya-t-il eu une réaction de la part du ministère de l’Intérieur ?
Non, pas du tout. Depuis que nous avons entamé notre mouvement de protestation, nous n’avons enregistré aucune réaction de la part de notre tutelle. Aucun dialogue n’a été engagé avec nous pour nous permettre d’exposer, expliciter nos doléances et fixer un échéancier pour leur satisfaction. L’aile parallèle du Snapap conduite par Belgacem Felfoul, ancien député à la retraite, prétend avoir rencontré les représentants du ministère de l’Intérieur et avoir obtenu d’eux des garanties quant à une promulgation du statut et une révision de la grille salariale. Des communiqués ont été diffusés depuis l’annonce de notre mouvement de protestation pour dissuader les fonctionnaires de faire grève. Nous dénonçons cette instrumentalisation de la part de l’administration, qui dialogue avec des gens qui n’ont pas déposé de préavis de grève. C’est un syndicat non représentatif, qui entame des négociations alors qu’il n’a jamais participé à une action de protestation sur le terrain.

Comment évaluez-vous ce premier mouvement de l’année 2011 ?
Nous avons essayé, petit à petit, de rétablir la vérité, en diffusant des informations auprès de notre base pour une mobilisation maximale, afin que notre mouvement de protestation soit couronné de succès. La grève s’est installée progressivement dans les communes et le taux de participation avoisine les 70 %. Nous avons constaté une grande pression exercée de la part des responsables administratifs des communes, menaçant les travailleurs afin de faire avorter notre mouvement.

Ce n’est pas votre première action de protestation…
Non, c’est la troisième grève depuis le début de la protestation. Nous avons organisé deux actions de protestation, en observant une grève de deux jours les 30 et 31 mars dernier et une autre de trois jours les 26, 27 et 28 du mois suivant. Suite à cela, nous avons eu des promesses de la part de la tutelle, qui s’était engagée à promulguer le statut particulier des communaux dans un délai ne dépassant pas trois mois. Voilà qu’une année est passée sans que cette promesse ait été honorée. Ni le statut particulier, ni le régime indemnitaire n’ont été promulgués, d’où notre décision de reprendre la protestation afin de faire entendre notre voix.

Quel salaire proposez-vous pour l’agent communal ?
Nous avons proposé l’application d’une échelle mobile des salaires, c'est-à-dire de faire augmenter les salaires en fonction de l’augmentation du coût de la vie. Lors d’une étude élaborée il y a quatre ans, le Snapap a proposé un SNMG de 35 000 DA. La vie a beaucoup changé depuis cette étude, ce qui fait que le SNMG doit être revu à la hausse. Pour nous, il est impératif de mettre un terme à l’application du régime contractuel pour les communaux, en optant pour des postes permanents, afin de préserver les doits et les devoirs de cette catégorie d’employés. Cela garantirait aussi une retraite et une vie dignes d’un travailleur.

Prp. W. B.